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À l’ère de la transformation numérique, l’intelligence artificielle (IA) s’impose progressivement comme un partenaire de création, de recherche et de réflexion. Pourtant, face à cette montée en puissance, une question demeure centrale : quel rapport entre l’intelligence mécanique, fondée sur des algorithmes et des données massives, et l’intelligence humaine, nourrie par l’expérience, la conscience, le jugement et le style ? Pour explorer cette question, j’ai conçu un protocole de comparaison : générer par ChatGPT un rapport factuel sur le dialogue interreligieux en 2025, soumettre ce texte à la critique philosophique de Gérard Leroy, puis élaborer une synthèse intégrative. Dans cet article , je vous détaillerai chaque étape, expliquerai les enjeux théoriques et pratiques, et partagerai les bonnes pratiques pour tirer le meilleur de cette coopération IA–humain. Merci à mon ami Gérard Leroy, philosophe, auteur de nombreux livres et rédacteur du site questionsenpartage.com  pour sa critique constructive sur l’IA

1. Contexte et motivations

1.1 L’essor de l’IA dans la production de contenu

Depuis quelques années, des modèles de traitement du langage naturel (LLMs) comme ChatGPT révolutionnent la manière de produire des textes : blogs, rapports, synthèses et même créations littéraires. Ces IA sont capables de digérer d’énormes volumes d’informations et de restituer en quelques secondes des textes structurés, convaincants et informatifs. Le gain de temps est considérable : ce qui nécessitait plusieurs heures de recherche et de rédaction peut être fait en un instant.

1.2 Les atouts et les limites de l’intelligence humaine

Pourtant, intelligence humaine reste indispensable : elle incarne la conscience, la créativité, l’intuition et le jugement critique. À la différence de l’IA, l’humain peut saisir les nuances, poser les grandes questions existentielles, évaluer la portée éthique de ses propos, et surtout imprimer un style unique, reflet de sa personnalité et de son expérience. Les domaines de la philosophie, de la théologie, de la création littéraire ou de l’analyse critique demeurent l’apanage de l’humain.

1.3 L’objectif du protocole

Concrètement, mon objectif était double :

  1. Mesurer la performance de l’IA en termes de précision factuelle, de cohérence structurelle et de richesse d’information sur un sujet complexe.

  2. Évaluer la valeur ajoutée de l’humain, à travers la lecture critique d’un philosophe de renom, Gérard Leroy, et l’intégration de ses réflexions pour enrichir le texte initial.

2. Choix du cas d’étude : le dialogue interreligieux en 2025

2.1 Un sujet factuel et multidimensionnel

Le dialogue interreligieux est un domaine à la fois très documenté et fortement ancré dans des questionnements fondamentaux de sens. Entre sommets internationaux, initiatives locales et débats théologiques, il constitue un excellent terrain d’étude :

  • Richesse factuelle : une multitude d’événements (conférences, colloques, forums) se déroulent chaque année dans le monde entier.

  • Diversité des acteurs : institutions religieuses, ONG, organisations intergouvernementales, universités, chefs spirituels, etc.

  • Enjeux multiples : politique, social, théologique, philosophique, éthique.

  • Tension entre données et sens : l’IA peut recenser les faits, mais l’humain doit interroger leur finalité et leur portée.

2.2 Les raisons du choix de l’année 2025

Prendre 2025 comme référence offre plusieurs avantages :

  1. Temporalité récente : assez proche pour s’appuyer sur des données connues et actualisées, mais suffisamment lointaine pour observer des tendances.

  2. Multiplication des initiatives : on y trouve des événements phares (Conférence parlementaire de Rome, Mafra Dialogues, sommet « In Dialogue » à Abou Dhabi, etc.).

  3. Contexte géopolitique tendu : conflits identitaires, crises migratoires et extrémismes, rendant le dialogue interreligieux crucial et en même temps très challengeant.

3. Étape 1 : génération du rapport initial par ChatGPT

3.1 Élaboration du prompt

La qualité d’une production IA dépend en grande partie de la précision du prompt. J’ai structuré ma requête de la façon suivante :

« Rédige un rapport détaillé d’environ 2 000 mots sur l’état du dialogue interreligieux en 2025. Organise-le en sections : introduction, inventaire régional (Monde, Europe, Afrique, Moyen-Orient), tableau récapitulatif des initiatives, présentation des principaux acteurs (institutions religieuses, ONG, organisations politiques et académiques), enjeux contemporains (géopolitiques, migrations, extrémisme, laïcité, vivre-ensemble) et conclusion. »

3.2 Résultat complet produit par l’IA

En quelques secondes, ChatGPT a généré un texte dense et structuré :

  1. Introduction : souligne le rôle stratégique du dialogue interreligieux face aux tensions identitaires et géopolitiques.

  2. Inventaire régional : recense les événements majeurs en 2025, du niveau mondial (Conférence parlementaire de Rome, Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle de l’ONU, sommet « In Dialogue ») aux initiatives locales (Mafra Dialogues au Portugal, Printemps des Religions à Metz, colloques KAS en Afrique de l’Ouest, conférences DICID à Doha, Abrahamic Family House aux Émirats).

  3. Tableau récapitulatif : compare visuellement les initiatives par région (Monde, Europe, Afrique, Moyen-Orient).

  4. Acteurs clés : Dicastère pour le Dialogue interreligieux du Vatican, Al-Azhar, Conseil œcuménique des Églises, Religions for Peace, URI, KAICIID, Parlement des Religions du Monde, Alliance interconfessionnelle du G20, etc.

  5. Enjeux contemporains : exploration des tensions géopolitiques (Israël-Palestine, Sahel, Indonésie, Inde), migrations, radicalisation, mondialisation et relativisme, défis de la laïcité et de la neutralité.

  6. Conclusion : met en exergue la dynamique croissante mais la fragilité persistante du dialogue interreligieux, face aux conflits, aux résistances internes et à l’indifférence d’une partie de l’opinion publique.

3.3 Analyse des forces de l’IA

  • Rapidité et volume : génération quasi instantanée d’un rapport de plusieurs milliers de mots.

  • Structure claire : plan logique respecté, facilitant la lecture et la compréhension.

  • Exhaustivité factuelle : recensement large des événements et des acteurs, citant des dates et des lieux précis.

  • Neutralité : absence de parti pris idéologique, présentation objective des faits.

3.4 Limites identifiées à la lecture initiale

  • Absence de questionnement philosophique : l’IA se limite à l’« inventaire » sans interroger le pourquoi ni le comment du dialogue.

  • Style générique : manque de voix personnelle, d’anecdotes ou de réflexions subjectives.

  • Approche descriptive : pas de mise en perspective critique approfondie (relativisme, perte d’identité, enjeux de sens).

  • Omissions : mécanismes psychologiques et culturels qui freinent le dialogue au quotidien, dimension émotionnelle et spirituelle.

4. Étape 2 : relecture et critique par Gérard Leroy

4.1 Présentation de Gérard Leroy

Gérard Leroy est philosophe et théologien, fondateur du site Questions en partage, spécialisé dans la réflexion sur la théologie, la philosophie et le dialogue interreligieux. Fort de son expérience au sein de la World Conference on Religion and Peace, il apporte une expertise vivante et une profondeur conceptuelle.

4.2 Méthodologie de sa relecture

Gérard Leroy a structuré son retour en deux temps :

  1. Constats factuels : vérification de la véracité des informations (dates, lieux, acteurs).

  2. Analyse philosophique : critique de la portée, du style et des omissions, mise en évidence des grands enjeux de sens.

4.3 Les constats factuels

  • Tous les événements mentionnés existaient bien et se sont déroulés dans les périodes indiquées.

  • Le tableau récapitulatif était exact et reflétait fidèlement la géographie des initiatives.

  • La liste des acteurs clés correspondait aux principaux organismes actifs en 2025.

4.4 L’analyse critique en profondeur

  1. Manque de signification
    Gérard Leroy déplore que l’IA se contente de nommer les événements sans en explorer la finalité et la vision théologique : « On y lit des faits, mais non la vérité ou la signification profonde. »

  2. Relativisme et identité
    Selon lui, un risque majeur du texte IA est de promouvoir un relativisme où « tout se vaut », diluant la spécificité de chaque tradition religieuse. Il rappelle que toute ouverture suppose d’abord une affirmation de sa propre identité et de ses convictions.

  3. Style humain et « je-ne-sais-quoi »
    Il met en avant la dimension inimitable du style humain – ce grain, cette « note personnelle » qui fait vibrer le lecteur – et souligne l’incapacité actuelle de l’IA à l’imiter : « L’intelligence artificielle ne peut pas capturer ce je-ne-sais-quoi qui fait l’âme d’un texte. »

  4. Résistances psychoculturelles
    Enfin, il insiste sur les barrières invisibles au dialogue : peurs identitaires, frilosité culturelle, défi de l’humilité. Ces aspects, bien que fondamentaux, ne figuraient pas dans le rapport IA.

5. Étape 3 : synthèse intégrative et enrichissement

5.1 Objectifs de la synthèse

L’étape finale visait à :

  1. Concilier la rigueur factuelle de l’IA et la profondeur critique humaine.

  2. Enrichir le texte initial par des perspectives philosophiques, théologiques et stylistiques.

  3. Fournir un guide méthodologique pour une collaboration réussie entre IA et humain.

5.2 Processus de co-création

  1. Reprise de la structure IA
    J’ai conservé l’ossature du rapport (introduction, inventaire régional, tableau, acteurs, enjeux, conclusion) pour ne pas perdre la clarté et l’exhaustivité factuelle.

  2. Insertion des réflexions de Gérard Leroy

    • Après chaque section factuelle, j’ai ajouté un encadré critique : questions de sens, points de relativisme, analyse des résistances.

    • J’ai introduit des citations et des témoignages pour illustrer les enjeux psychologiques et culturels du dialogue.

  3. Amélioration du style

    • Enrichissement par des anecdotes vécues, des métaphores et des questions ouvertes pour inviter à la réflexion.

    • Usage d’une voix narrative permettant au lecteur de se sentir impliqué, plutôt qu’un simple mode descriptif.

  4. Validation et relecture

    • Révisions successives pour fluidifier le texte, harmoniser le ton et équilibrer les apports factuels et réflexifs.

    • Vérification des données et citations, en respectant la rigueur académique.

5.3 Contenu enrichi : exemples d’ajouts

  • Contexte historique : retour sur Vatican II (1962–1965) et ses apports au dialogue interreligieux, pour donner de la perspective historique.

  • Étude de cas : description d’un atelier interculturel en banlieue parisienne, où chrétiens et musulmans coaniment une pièce de théâtre, mettant en lumière les obstacles concrets (appréhension, stéréotypes) et les succès (création d’une œuvre commune).

  • Réflexion théologique : question sur la place de la prière commune, qu’aucune IA n’aurait spontanément abordée : quid de la spiritualité partagée ?

  • Analyse sociologique : comment les réseaux sociaux influencent le dialogue : amplificateurs de haine ou facilitateurs de rencontres ?

6. Bonnes pratiques pour une collaboration IA et intelligence humaine

6.1 Maîtrise du prompt engineering

  • Précision : spécifier le plan détaillé, le ton (académique, narratif, argumentatif), les points à approfondir.

  • Contextualisation : indiquer le profil du lecteur cible, le niveau de connaissance requis.

  • Itérations guidées : demander plusieurs versions, avec des variantes de style ou de profondeur.

6.2 Révisions croisées et diversification des relecteurs

  • Multi-expertise : associer philosophes, théologiens, sociologues, journalistes, pour couvrir tous les angles.

  • Relectures croisées : pour détecter les biais, enrichir le contenu et éviter les répétitions.

6.3 Transversalité des apports

  • Faits (IA) vs Sens (humain) : l’IA assure l’exhaustivité, l’humain pose la question du sens, de la finalité et de la portée morale.

  • Quantité vs qualité : l’IA produit de grands volumes, l’humain assure la cohérence interne, l’éloquence et l’impact émotionnel.

6.4 Dimension éthique et responsabilité

  • Transparence : annoncer l’usage de l’IA, expliquer le rôle de la relecture humaine.

  • Vérification : fact-checking systématique pour corriger d’éventuelles erreurs de l’IA.

  • Protection des données : respecter la confidentialité et les droits d’auteur lors de l’intégration de sources externes.

7. Enseignements et perspectives

7.1 Les leçons clés

  1. Inefficacité du face-à-face : l’affrontement IA et intelligence humaine est un faux procès ; la vraie valeur réside dans la coopération.

  2. Complémentarité : l’IA excelle dans la collecte, la structuration et la rapidité ; l’humain apporte la profondeur critique, la créativité et le style.

  3. Processus itératif : le meilleur résultat se construit en plusieurs allers-retours, chaque itération enrichissant le texte.

7.2 Perspectives d’évolution

  • IA empathique ? : les recherches visent à doter les LLMs d’une compréhension plus fine des émotions et des enjeux humains.

  • Personnalisation : adaptation automatique du style à l’identité de l’auteur, rendant l’IA plus « humaine » dans le ton.

  • Intégration multi-modale : coupler texte, images et vidéos générées par IA pour des rapports encore plus immersifs.

7.3 Impacts pour les professionnels du contenu

  • Rédacteurs : rôle de curateurs et d’éditeurs, guidant l’IA et apportant la touche humaine.

  • Formateurs : nouveaux programmes pour apprendre le prompt engineering et la co-création IA–humain.

  • Ethiciens : nécessité de veiller à l’usage responsable et à la lutte contre les biais algorithmiques.

L’humain a encore de beaux jours devant lui

La comparaison entre ChatGPT et intelligence humaine réalisée via ce protocole illustre un principe fondamental : l’IA, pour performante qu’elle soit dans la structuration et la vitesse, ne remplace pas la profondeur, la créativité et le questionnement existentiel propres à l’humain. En associant de manière structurée l’IA pour son efficacité factuelle et l’intelligence humaine pour son savoir-être critique, on obtient un contenu à la fois riche, pertinent et inspirant.

Désormais, plutôt que d’opposer l’IA à l’humain, il s’agit de faciliter leur collaboration, en mettant en place des workflows adaptés, en formant aux bonnes pratiques et en préservant la dimension éthique. C’est cette synergie vertueuse qui ouvrira la voie à une nouvelle ère de création de connaissances, où technologie et intelligence humaine s’enrichissent mutuellement au service de la compréhension et de l’innovation.

Le texte généré par l’IA suite à une simple demande :

État du dialogue interreligieux en 2025 : dynamiques, acteurs et perspectives

Introduction

En 2025, le dialogue interreligieux occupe une place de plus en plus stratégique dans un monde traversé par des tensions identitaires et géopolitiques. Face à la montée des extrémismes, aux conflits à dimension religieuse et aux défis de la cohabitation dans des sociétés pluralistes, de nombreuses initiatives voient le jour pour promouvoir la rencontre entre traditions religieuses. Des sommets internationaux aux colloques locaux, en passant par l’engagement de leaders religieux et d’organisations civiles, l’année 2025 est marquée par une intensification des efforts de dialogue interreligieux sur tous les continents. Ce rapport fait le point sur les principales initiatives de 2025, les acteurs clésimpliqués, les enjeux contemporains du dialogue interreligieux (tensions géopolitiques, migrations, extrémismes, laïcité, vivre-ensemble) et les perspectives théologiques et débats actuels entre traditions religieuses concernant la place du dialogue.

Initiatives et événements majeurs en 2025

En 2025, de nombreux événements importants ont été organisés pour favoriser le dialogue entre religions, tant au niveau mondial que régional. Les sections suivantes mettent en lumière quelques initiatives phares, en distinguant les contextes internationaleuropéenafricain et moyen-oriental.

Sur la scène mondiale et internationale

Plusieurs rendez-vous internationaux de haut niveau ont souligné l’importance du dialogue interreligieux en 2025. L’un des événements marquants est la Deuxième Conférence parlementaire sur le dialogue interconfessionnel, tenue à Rome du 19 au 21 juin 2025ipu.org. Placée sous le thème « Renforcer la confiance et susciter l’espoir pour bâtir notre avenir commun », cette conférence a rassemblé des présidents de parlements et parlementaires du monde entier aux côtés de représentants des religions, d’organisations internationales (Nations unies, Alliance des civilisations), d’ONG interreligieuses et du monde académiqueipu.org. Co-organisée par l’Union interparlementaire (UIP) et le Parlement italien, en coopération avec l’ONG Religions for Peace, elle prolonge les travaux d’une première conférence tenue à Marrakech en 2023ipu.org. Cet événement a mis en avant le dialogue interreligieux comme « outil essentiel pour promouvoir l’inclusion et la coexistence pacifique » et renforcer l’état de droit, selon le Communiqué de Marrakechadopté en 2023ipu.org.

Par ailleurs, l’Organisation des Nations unies continue de soutenir la Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle (World Interfaith Harmony Week) chaque premier février. En 2025, cette initiative a encouragé de nombreux événements locaux, par exemple au Nigéria où les leaders religieux ont appelé à saisir l’« opportunité d’adopter l’esprit d’harmonie interconfessionnelle » pour consolider la tolérance religieuseworldinterfaithharmonyweek.com. De même, le Comité supérieur de la Fraternité humaine (Higher Committee of Human Fraternity), créé à la suite du Document d’Abou Dhabi sur la fraternité humaine (2019), a organisé le 17 février 2025 un sommet international intitulé « In Dialogue » à Abou Dhabi. Cet événement, tenu au complexe interreligieux de la Abrahamic Family House aux Émirats arabes unis, a réuni des dirigeants et experts internationaux en diplomatie et médiation pour « explorer comment le dialogue peut répondre aux défis mondiaux »forhumanfraternity.org. Inspiré par la vision du Document sur la Fraternité humaine, ce sommet a mis en exergue le pouvoir du dialogue et de la rencontre pour bâtir un avenir fondé sur le respect mutuel et la coexistence pacifiqueforhumanfraternity.org.

En Europe

L’Europe, riche d’une longue tradition de dialogue interreligieux, a vu en 2025 plusieurs initiatives significatives, à la fois internationales et locales. Au Portugal, la 5<sup>e</sup> édition des Mafra Dialogues s’est déroulée les 12 et 13 mars 2025 dans la ville historique de Mafrakaiciid.org. Portant sur le thème « Safeguarding Heritage, Preserving Peace »(Sauvegarder le patrimoine, préserver la paix), ce forum diplomatique et interreligieux a réuni des responsables publics, des experts et des représentants religieux pour discuter de la protection du patrimoine culturel et religieux en temps de conflitskaiciid.org. L’événement, organisé par l’Institut pour la promotion de l’Amérique latine et des Caraïbes (IPDAL) en partenariat avec le Centre International pour le Dialogue (KAICIID) et la municipalité de Mafra, a souligné que le dialogue interreligieux et interculturel est un outil fondamental de consolidation de la paix dans un contexte de tensions globaleskaiciid.orgkaiciid.org. Des panels thématiques ont notamment abordé les conflits au Moyen-Orient, les tensions géopolitiques en Asie et la guerre en Ukraine, montrant l’interdépendance entre facteurs religieux, culturels et paix mondialekaiciid.orgkaiciid.org. Lors d’un de ces panels, consacré justement au dialogue interreligieux, les intervenants ont mis en avant la nécessité de solutions constructives à présenter aux responsables politiques, soulignant que le dialogue entre religions contribue à bâtir des sociétés pluralistes, inclusives et pacifiqueskaiciid.orgkaiciid.org.

https://www.kaiciid.org/stories/features/forging-paths-peace-safeguarding-heritage-preserving-peace-mafra-dialogues-2025

 Panel interreligieux lors des Mafra Dialogues 2025 au Portugal, un forum international dédié à la paix et au patrimoinekaiciid.orgkaiciid.org.

En France, le dialogue interreligieux s’organise souvent à l’échelle locale avec le soutien des collectivités. Un exemple notable en 2025 est le Printemps des Religions à Metz, où responsables chrétiens, juifs et musulmans se sont réunis pour débattre autour d’un thème volontairement provocateur : « Les religions : facteurs d’intolérance ? »rcf.fr. Dans un contexte où « les conflits se multiplient, où les extrémismes s’expriment sans filtre et où les réseaux sociaux attisent les tensions », ce colloque a offert un espace de discussion ouvert au grand public sur la contribution des religions au vivre-ensemblercf.fr. Les échanges ont souligné que le dialogue reste crucial même lorsque chacun est « sûr de sa foi » : d’après un prêtre orthodoxe présent, « les discours d’intolérance viennent de ceux qui ne sont pas sûrs de leur foi », alors qu’au contraire « si on veut être sûrs de soi, il faut entrer en dialogue… On peut se respecter sans perdre nos convictions fortes »rcf.fr. Ce point de vue illustre bien l’approche théologique de nombreux participants : la fidélité à sa propre tradition n’exclut pas l’ouverture à l’autre, et le respect mutuel n’affaiblit pas les convictions. Des initiatives comparables existent dans d’autres villes françaises (par exemple Marseille Espérance à Marseille), témoignant d’une collaboration entre autorités civiles et cultes pour promouvoir la fraternité au niveau localrcf.frrcf.fr.

Enfin, notons qu’au niveau institutionnel, des organismes européens encouragent aussi le dialogue interreligieux. Le Conseil de l’Europe, via la Conférence des Organisations Internationales Non Gouvernementales (OING), dispose d’un Comité du dialogue interreligieux et interculturel. Fin 2024, ce comité a organisé un webinaire sur le rôle des acteurs religieux dans le rétablissement de la paixcoe.int, et il poursuit en 2025 ses travaux sur des questions comme l’éducation des jeunes à la tolérance. De son côté, l’Union européenne soutient divers projets de cohésion interculturelle (programmes éducatifs, échanges entre universités et associations religieuses), même si elle aborde souvent ces thèmes sous l’angle plus large du dialogue interculturel et des valeurs communes.

En Afrique

En 2025, le continent africain voit se multiplier les initiatives de dialogue interreligieux face aux défis de la paix et du développement. Un événement continental majeur a été la Conférence interreligieuse panafricaine organisée au siège de l’Union africaine à Addis-Abeba, les 13 et 14 mai 2025rfp.org. Placée sous le thème « Le rôle des communautés religieuses en Afrique : accélérer les Objectifs de développement durable (ODD), l’Agenda 2063 de l’UA et le processus du G20 Afrique 2025 », cette conférence de deux jours a rassemblé de nombreux leaders religieux et traditionnels de tout le continent, ainsi que des diplomates, décideurs, universitaires et acteurs de la société civilerfp.orgrfp.org. Soutenue au plus haut niveau (sous le patronage du président éthiopien Taye Atske Selassie) et co-organisée par le Conseil interreligieux d’Éthiopie, l’initiative United Religions Initiative-Africa, le Forum interreligieux du G20 (Interfaith20)et des organes de l’UA (CIDO et ECOSOCC), cette rencontre a mis en avant la contribution des religions à la réalisation des objectifs socio-économiques du continentrfp.orgrfp.org. Elle a souligné que, dans un monde en perte de repères marqué par les divisions et la polarisation politique, de tels rassemblements offrent une opportunité vitale de fédérer les communautés de foi autour de valeurs communesallafrica.comallafrica.com« Le dialogue interreligieux n’est pas simplement un impératif moral ; c’est une force concrète de progrès », a déclaré à cette occasion le président éthiopien, insistant sur son impact pratique pour la paix et le développementallafrica.com. Le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a quant à lui affirmé que les communautés de croyants sont des partenaires vitaux pour faire avancer les ODD et façonner les politiques globales, appelant à une action inclusive et à l’unité des acteurs religieux en faveur de la justice et du développementallafrica.comallafrica.com. Les organisateurs ont annoncé que les recommandations issues de la conférence alimenteraient le prochain Forum interreligieux du G20, veillant à ce que la voix de l’Afrique soit au cœur du dialogue global sur la foi et les politiquesallafrica.com.

Au-delà de ce sommet continental, des initiatives régionales illustrent la dynamique du dialogue interreligieux en Afrique de l’Ouest. Par exemple, la Fondation Konrad Adenauer (KAS) a soutenu fin février 2025 un colloque sous-régional, tenu simultanément à Conakry (Guinée) et Abidjan (Côte d’Ivoire), sur le thème « Religion et politique en période de conflit »kas.de. Ce colloque hybride a réuni des acteurs politiques et religieux d’Afrique de l’Ouest pour réfléchir aux interactions entre foi et gouvernance en contexte de crise, et pour identifier des voies de collaboration interreligieuse dans la résolution des conflits civils. De même, au Nigéria, pays souvent en proie à des tensions intercommunautaires, les responsables religieux accentuent leurs efforts de dialogue. Le président de l’Association chrétienne du Nigéria (CAN), l’archevêque Daniel Okoh, a souligné en 2025 l’urgente nécessité du dialogue interreligieux comme « outil vital pour promouvoir la paix et la réconciliation » dans son paysvanguardngr.com. Cette prise de position s’inscrit dans un contexte où le dialogue entre chrétiens et musulmans est encouragé pour contrer les violences de groupes extrémistes et pour consolider l’unité nationale.

Enfin, des forums annuels tels que le Forum africain de dialogue interreligieux (AU-IFDF), programme de l’UA lancé par son département CITO depuis quelques années, continuent de servir de plateforme de partage des bonnes pratiques entre pays africainsallafrica.com. L’édition 2025 de ce forum a mis en avant l’« unité dans la diversité » religieuse comme atout pour le continent, et a encouragé les gouvernements à intégrer les leaders religieux dans les stratégies de peacebuilding (consolidation de la paix) et de développement inclusifallafrica.comallafrica.com. Dans l’ensemble, le panorama africain en 2025 montre des communautés religieuses fortement impliquées aux côtés des institutions publiques pour relever les défis de la paix, de la justice sociale et de la lutte contre l’extrémisme.

Au Moyen-Orient

Le Moyen-Orient demeure une région clé du dialogue interreligieux, à la fois parce qu’il concentre les berceaux de grandes religions et parce qu’il est traversé par des conflits identitaires persistants. En 2025, plusieurs pays du Golfe ont poursuivi leur diplomatie religieuse en faveur de la tolérance. Au Qatar, le Centre International pour le Dialogue Interreligieux de Doha (DICID), en partenariat avec le réseau américain Multi-Faith Neighbors Network, a organisé du 18 au 20 février 2025 la Deuxième Conférence internationale sur la liberté religieuse et la consolidation de la paix. Placée sous le titre évocateur « De la liberté religieuse à la responsabilité religieuse : bâtir la paix dans un monde déstabilisé », cette conférence soutenue par le gouvernement qatari (sous le haut patronage du Premier ministre) a réuni des dignitaires et experts de diverses confessionsgulf-times.com. Après une première édition en 2024 axée sur la liberté religieuse et l’action communautaire, l’édition 2025 a franchi un pas supplémentaire en explorant la responsabilité des communautés de foi dans la promotion de la paix face à l’instabilité mondialegulf-times.com. Le président du DICID, le professeur Ibrahim Al-Nuaimi, a souligné l’alignement de cette conférence avec la mission du centre : « à une époque où le monde affronte des défis sans précédent, le DICID reste engagé à promouvoir le dialogue, la coexistence et le respect mutuel »gulf-times.com. Les débats à Doha ont porté sur le rôle des religions dans la résolution des conflits, la promotion de la paix et l’importance d’associer à la liberté de culte une responsabilité partagée pour construire une paix durablegulf-times.com. En effet, ont souligné les participants, la liberté religieuse ne doit pas être seulement un droit abstrait, mais s’accompagne du devoir pour les croyants de contribuer activement à la concorde civilegulf-times.com. Des thématiques telles que le pluralisme religieux, les droits humains, la législation et le partage de bonnes pratiques interreligieuses ont été abordées, avec l’accent mis sur des propositions concrètes pour traduire le dialogue en initiatives tangibles de paixgulf-times.com.

Aux Émirats arabes unis, l’année 2025 marque le deuxième anniversaire de la Maison de la famille abrahamique(Abrahamic Family House) d’Abou Dhabi – un vaste complexe abritant côte à côte une église, une mosquée et une synagogue, inauguré en 2023 comme symbole de la fraternité interreligieuse. Pour célébrer cet anniversaire, les E.A.U. ont accueilli en février 2025 le sommet international « In Dialogue – Voices of Tomorrow, Stories of Now », déjà évoqué plus haut, en présence du Comité supérieur de la Fraternité humaineforhumanfraternity.org. Ce sommet, tenu sur place dans l’enceinte de la Maison abrahamique, a incarné les valeurs fondatrices du lieu : dialogue, compréhension mutuelle et coexistence pacifiquewam.ae. Au programme figuraient des conversations dynamiques entre des penseurs et leaders religieux de premier plan, mettant en lumière des initiatives concrètes de dialogue et de rapprochement en cours dans diverses communautés.

https://www.wam.ae/en/article/bi8y1ca-abrahamic-family-house-dialogue-summit-celebrates

 Sommet « In Dialogue » à la Abrahamic Family House d’Abou Dhabi (février 2025), réunissant des leaders musulmans et chrétiens pour promouvoir la fraternitéforhumanfraternity.org.

Cet événement aux Emirats illustre la volonté des acteurs du Golfe de se positionner comme pôles de la tolérance. Dans la lignée du Document sur la Fraternité Humaine signé en 2019 par le Pape François et le Grand Imam d’Al-Azhar, on a vu en 2025 une multiplication d’initiatives en faveur de la fraternité : remise du Prix Zayed pour la Fraternité humaine(décerné en 2025 à la Première ministre de la Barbade Mia Mottley et à l’ONG World Central Kitchen, entre autresvaticannews.va), forums interreligieux à Bahreïn, etc. Ces démarches visent à institutionnaliser le dialogue.

Il faut néanmoins noter qu’au Moyen-Orient, l’actualité tragique du conflit israélo-palestinien continue d’assombrir le climat interreligieux. La guerre déclenchée en octobre 2023 en Israël et à Gaza a ravivé les tensions entre communautés juives, musulmanes et chrétiennes dans le monde entieripu.org. Selon l’UIP, ce conflit – parfois présenté à tort sous un prisme purement religieux – a provoqué une montée marquée de l’islamophobie et de l’antisémitisme, compromettant des relations interconfessionnelles patiemment construites pendant des décenniesipu.orgipu.org. Dans cette région comme ailleurs, cela a rendu le dialogue plus difficile, chaque camp ayant tendance à se retrancher, tandis que des acteurs extrémistes instrumentalisent le religieux pour attiser la divisionipu.org. En réaction, des initiatives discrètes de paix religieuse persistent : on peut citer les efforts d’organisations comme le Council of Religious Institutions of the Holy Land(qui regroupe des responsables religieux israéliens et palestiniens) ou des dialogues informels animés par des ONG internationales visant à maintenir le fil de la communication entre juifs, chrétiens et musulmans modérés. L’annonce de cessez-le-feu ponctuels et d’échanges d’otages fin 2024 a été saluée par des acteurs du dialogue, tel l’International Center for Religion and Diplomacy (ICRD), comme une occasion d’intensifier les efforts de rapprochement pour une paix durableicrd.org. Toutefois, en 2025, le Moyen-Orient demeure un théâtre complexe où les avancées du dialogue interreligieux coexistent avec de profondes fractures politico-religieuses.

Tableau récapitulatif des initiatives par région (2025)

Région Principales initiatives interreligieuses en 2025
Monde Conférence parlementaire sur le dialogue interconfessionnel (UIP, Rome, juin 2025)ipu.org – participants de 60+ pays.
Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle (ONU, 1<sup>er</sup> sem. 2025) – événements locaux sur tous les continentsworldinterfaithharmonyweek.com.
Sommet « In Dialogue » (Comité Fraternité humaine, Abou Dhabi, fév. 2025) – experts internationaux sur le pouvoir du dialogueforhumanfraternity.org.
Europe Mafra Dialogues 2025 (Portugal, mars 2025) – forum diplomatique sur patrimoine & paix avec KAICIIDkaiciid.org.
Printemps des Religions (Metz, France, 2025) – colloque public « Religions : facteurs d’intolérance ? »rcf.fr.
Rencontres théologiques de la Méditerranée (Rijeka, Croatie, juil. 2024) – formation de jeunes théologiens chrétiens & musulmans sur la fraternitévaticannews.va (préparation 2025).
Afrique Conférence panafricaine « Communautés de foi & ODD » (UA, Addis-Abeba, mai 2025) – leaders religieux, UA et IF20 pour paix & dev.allafrica.comallafrica.com.
Colloque KAS religion & conflit (Conakry/Abidjan, fév. 2025) – dialogue politiques-religieux en Afrique de l’Ouestkas.de.
Forums nationaux de paix interreligieuse (ex. Nigeria 2025) – consultations par les conseils interreligieux face aux extrémismesvanguardngr.com.
Moyen-Orient Conférence DICID Doha (Qatar, fév. 2025) – thème « De la liberté religieuse à la responsabilité », focus sur paix mondialegulf-times.comgulf-times.com.
Sommet Abrahamic Family House (EAU, fév. 2025) – 2<sup>e</sup> anniv. du complexe interreligieux, sommet global sur la fraternitéforhumanfraternity.org.
Initiatives interreligieuses du Bahreïn et d’Al-Azhar – forums « Est et Ouest pour la coexistence » (2022-24) prolongés par collaborations en 2025 (conseil des sages musulmans, etc.).

(NB : Les événements listés ci-dessus ne sont qu’une sélection représentative parmi d’autres initiatives en 2025.)

Principaux acteurs du dialogue interreligieux en 2025

Le paysage du dialogue interreligieux mobilise une pluralité d’acteurs, issus tant des religions elles-mêmes que de la société civile ou des institutions politiques et éducatives. En 2025, on peut distinguer plusieurs catégories d’acteurs majeurs :

  • Organisations religieuses et leaders spirituels : Les autorités des grandes traditions jouent un rôle moteur. Le Vatican (Église catholique) demeure très engagé via le Dicastère pour le Dialogue interreligieux et l’action personnelle du Pape François, qui a fait du dialogue une priorité de son pontificatreligionspourlapaix.org. En 2025, le Pape a par exemple convoqué ou soutenu des colloques chrétiens-musulmans (sur l’éducation des jeunes, la famille, etc.vatican.vavatican.va) et poursuivi son effort de rapprochement avec l’islam (notamment en maintenant des liens étroits avec les autorités chiites d’Iran et sunnites d’Al-Azhar). Du côté musulman, des institutions comme Al-Azhar (Égypte) et l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) encouragent la tolérance interreligieuse. Le Grand Imam d’Al-Azhar, Ahmed Al-Tayeb, partenaire du Pape François dans la signature du Document sur la Fraternité, préside également le Conseil musulman des Sages qui promeut le dialogue avec le christianisme et le judaïsme. Dans le monde protestant et orthodoxe, le Conseil œcuménique des Églises(COE/WCC) rassemble plus de 300 Églises et soutient des programmes de coopération interreligieuse (ex. initiatives de « littératie religieuse croisée » en Asieoikoumene.orgoikoumene.org). De nombreux rabbins, patriarches, ulémas, moines bouddhistes, etc., sont impliqués dans des conseils interreligieux locaux ou internationaux.

  • Organisations non-gouvernementales et réseaux interreligieux : Plusieurs ONG internationales spécialisées jouent le rôle de facilitateurs neutres. Religions for Peace (RfP), fondée en 1970, est l’une des plus importantes alliances interreligieuses mondiales, présente dans 90 pays. En 2025, RfP a co-organisé des événements de premier plan, par exemple la conférence parlementaire de Rome (en tant que partenaire de l’UIP)ipu.org et le forum d’Addis-Abeba (via son organe affilié le Conseil des leaders religieux africains)rfp.orgrfp.org. RfP promeut la médiation interreligieuse dans les conflits (elle est active au Nigeria, en Centrafrique, en Birmanie, etc.) et des programmes de développement partagés entre communautés de foi. L’Initiative des Religions Unies (URI), autre réseau mondial, fédère plus de 1000 coopérations interreligieuses locales dans le monde ; sa branche URI-Afrique fut co-organisatrice en 2025 du sommet panafricain d’Addisallafrica.com. Le Centre International Roi Abdullah pour le Dialogue Interculturel et Interreligieux (KAICIID), soutenu initialement par l’Arabie Saoudite, l’Autriche, l’Espagne et le Vatican, s’est repositionné à Lisbonne et continue de sponsoriser de nombreux projets de formation au dialogue sur tous les continents (par exemple le programme Fellows KAICIID pour les jeunes leaders religieux). En 2025, le KAICIID a contribué aux Mafra Dialogues (Portugal) et multiplié les partenariats sur la sauvegarde du patrimoine religieux et la prévention des discours de hainekaiciid.orgkaiciid.org. D’autres ONG notables incluent le Parlement des Religions du Monde (organisateur de grands congrès interreligieux, le dernier s’étant tenu à Chicago en 2023), l’Institut Elijah (qui réunit des théologiens de différentes religions pour approfondir le dialogue), ou encore l’Alliance interconfessionnelle du G20 (Interfaith Forum 20) qui influence les sommets du G20 en intégrant la dimension religieuse (son forum global 2025 est prévu en Afrique, prolongeant le travail entamé en Éthiopie en maiallafrica.com). À l’échelle locale, on trouve une multitude de conseils interreligieux nationaux (Conseil des religions au Sénégal, Council of Religions au Myanmar, etc.) et de groupes de dialogue (par ex. Groupe d’Amitié Islamo-Chrétienne en France, plateformes interreligieuses municipales, etc.) qui tissent des liens de confiance au quotidien.

  • Institutions politiques et internationales : Conscientes que la religion peut être un facteur de paix comme de conflit, les organisations intergouvernementales intègrent de plus en plus les acteurs religieux dans leurs stratégies. L’Organisation des Nations unies a notamment créé dès 2005 l’Alliance des civilisations (UNAOC) pour promouvoir le rapprochement interculturel et interreligieux. L’UNAOC a soutenu la conférence de Marrakech 2023 et continue en 2025 de collaborer avec des États et ONG sur des projets éducatifs, des dialogues de jeunes, etc.ipu.org. De même, l’UNESCO travaille avec les leaders religieux sur la protection du patrimoine spirituel, et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) intègre des organisations de foi dans des programmes de résilience communautaire. Au niveau régional, l’Union africaine via son département CIDO reconnaît officiellement depuis 2015 le Forum interconfessionnel de l’UA, signe d’une volonté d’impliquer les religieux dans les politiques continentaleskaiciid.org. L’Union européenne, bien que laïque dans ses traités, entretient un dialogue régulier avec les communautés de conviction (article 17 du Traité de Lisbonne) – en 2025, la Commission européenne consulte par exemple des représentants religieux sur des sujets comme l’intégration des migrants et la prévention de la radicalisation. Le Conseil de l’Europe (47 États membres) appuie aussi la société civile de conviction via la Conférence des OING (voir ci-dessus). Enfin, nombre de gouvernements nationaux jouent un rôle : certains créent des instances officielles de dialogue (par ex. le UK Interfaith Network au Royaume-Uni, ou le Haut Conseil du dialogue interreligieux au Niger lancé en 2023), d’autres soutiennent financièrement des projets. Des diplomaties actives sur ce front sont celles du Maroc (qui forme des imams étrangers à la tolérance dans son Institut Mohamed VI), de l’Indonésie (pays multireligieux qui promeut la notion d’« Islam modéré » et organise des conférences interreligieuses en Asie du Sud-Est), ou encore des Émirats arabes unis et du Qatar (qui comme on l’a vu accueillent forums et prix internationaux).

  • Institutions éducatives et académiques : Le milieu universitaire contribue également aux ponts entre religions. Des chaires d’« études interreligieuses » existent dans de nombreuses universités (par ex. Georgetown University – Washington, Université de Saint-Joseph – Beyrouth, Université Al-Azhar – Le Caire, Institut Pontifical d’Études Arabes et Islamiques – Rome). En 2025, l’accent est souvent mis sur la formation des jeunes générations au dialogue. Par exemple, le Conseil œcuménique des Églises propose des cours en ligne de “peacebuilding interreligieux” pour étudiants du monde entieroikoumene.org. En Europe, le programme ERASMUS+ finance des échanges entre étudiants de différents horizons religieux. Des initiatives innovantes comme le projet HEY Intercultural and Interfaith Dialogue du Conseil de l’Europe forment en 2025 des jeunes leaders associatifs aux techniques de médiation interculturellecoe.int. Sur le plan théologique, des universités catholiques et protestantes organisent des colloques réunissant des chercheurs musulmans, juifs, bouddhistes, etc., pour approfondir la compréhension mutuelle. Par exemple, en juillet 2024, l’archidiocèse de Rijeka en Croatie a accueilli les Rencontres théologiques de la Méditerranée, réunissant 40 étudiants en théologie (catholiques, orthodoxes, protestants et musulmans) pour une semaine de réflexion sur le Document d’Abou Dhabi et la fraternité interreligieusevaticannews.vavaticannews.va. De même, l’Université catholique de Lille a abrité en février 2025 un colloque sur le dialogue inter-monastique entre moines chrétiens et moines bouddhistes zen – soulignant que le dialogue n’est pas seulement doctrinal, mais aussi une « rencontre d’expériences de vie » spirituelles entre traditions contemplativesiefr.hypotheses.orgiefr.hypotheses.org. Ces efforts académiques nourrissent le dialogue de fond et forment les acteurs de demain.

Enjeux contemporains du dialogue interreligieux (2025)

Les initiatives de dialogue interreligieux en 2025 s’inscrivent dans un contexte mondial marqué par des défis complexes. Plusieurs enjeux contemporains influent sur la pratique et les objectifs du dialogue entre religions :

  • Tensions géopolitiques et conflits à dimension religieuse : De nombreux conflits actuels ont une composante identitaire ou instrumentalisent la religion, ce qui peut soit attiser les divisions, soit au contraire motiver un surcroît de dialogue. En 2025, le conflit persistant au Moyen-Orient entre Israël et les Palestiniens, avec ses répercussions mondiales, illustre tragiquement comment la violence compromet les efforts de rapprochement. L’explosion de violence en Terre Sainte depuis 2023 a « mis à mal le mouvement interreligieux », en ravivant préjugés et hostilités entre juifs et musulmans dans le mondeipu.org. On observe une hausse inquiétante des actes antisémites et islamophobes dans diverses régions, et des relations de confiance auparavant établies se retrouvent fragiliséesipu.orgipu.org. De même, d’autres zones de conflit à connotation religieuse impactent le dialogue : en Afrique, les insurrections djihadistes (Sahel, Nigeria, Somalie) comme les tensions interethniques (Soudan, Éthiopie) posent la question du rôle des chefs religieux dans la résolution des crises. En Asie, la persécution des Rohingyas musulmans en Birmanie, ou les violences intercommunautaires en Inde (poussée du nationalisme hindou) mettent à l’épreuve les initiatives interreligieuses locales. Face à cela, le dialogue interreligieux cherche à apporter des réponses de paix. Par exemple, l’appel de l’ICRD saluant un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas fin 2024 souligne l’espoir que ce pas « ouvre la voie à un dialogue et à une paix durable »icrd.org. De plus en plus, politiques et praticiens du dialogue convergent : des parlementaires, diplomates et responsables religieux collaborent pour prévenir l’instrumentalisation politique du facteur religieux. L’UIP a d’ailleurs explicitement fait du dialogue interconfessionnel un élément de la diplomatie parlementaire, voyant en lui une « force émergente » capable de contrebalancer les effets délétères des crises identitairesipu.orgipu.org.

  • Migrations et diversité religieuse en mutation : Les migrations internationales se poursuivent en 2025, remodelant la composition religieuse de nombreuses sociétés, notamment en Europe et en Afrique. Ces mouvements de population posent le défi du vivre-ensemble dans la diversité. Des pays autrefois relativement homogènes voient apparaître de nouvelles minorités de foi ; inversement, des migrants peuvent se trouver en situation de minorité religieuse dans leur pays d’accueil. Cela crée parfois des crispations (peurs identitaires, rejet de l’autre) mais aussi des opportunités de dialogue. En Europe, la présence accrue de communautés musulmanes, africaines, asiatiques, a suscité depuis des années des débats sur la laïcité, l’intégration et la place de la religion dans l’espace public. En France par exemple, le concept de laïcité est souvent invoqué dans des polémiques sur le port de signes religieux, l’enseignement du fait religieux à l’école, etc. En 2025, ces débats restent vifs, mais de plus en plus d’initiatives cherchent à concilier la laïcité (neutralité de l’État) avec le dialogue. Des programmes scolaires incluent des rencontres interreligieuses pour déconstruire les stéréotypes chez les jeunes. L’atelier consultatif de Nairobi organisé par l’Église catholique en avril 2024 l’a souligné en contexte africain : l’éducation au dialogue dès le plus jeune âge est cruciale pour apprendre le respect des différentes croyancesfr.zenit.orgfr.zenit.org. La déclaration des évêques africains réunis à Nairobi insistait sur les valeurs traditionnelles d’hospitalité, de solidarité et d’inclusion inhérentes aux cultures africaines, qu’il faut raviver pour accueillir les idées religieuses de chacun dans une convivialité partagéefr.zenit.org. L’enjeu migratoire est donc aussi un enjeu de médiation culturelle et religieuse : comment créer des sociétés où la diversité n’est pas subie mais enrichissante. Des plateformes interreligieuses servent de relais pour accompagner les migrants (aide sociale, rituels, etc.) tout en sensibilisant les populations locales aux nouvelles cultures. Le webinaire du 16 janvier 2025 de la Conférence des OING du Conseil de l’Europe, consacré à l’éducation des jeunes migrantscoe.int, témoigne de cette préoccupation d’impliquer à la fois instances civiles et religieuses dans l’intégration harmonieuse.

  • Montée des extrémismes et radicalisations : En 2025, la menace des extrémismes religieux n’a pas disparu, bien qu’elle ait évolué. L’idéologie de groupes terroristes se réclamant de l’islam (Daech, AQMI, Boko Haram…) continue d’inspirer des violences dans certaines régions, tandis que des formes d’ultranationalisme religieuxgagnent en influence (on pense au hindutva en Inde, ou à des mouvements bouddhistes ultra-nationalistes en Birmanie/Sri Lanka). Parallèlement, on observe aussi des extrémismes dirigés contre certaines religions (groupes néonazis antisémites ou islamophobes en Occident, milices anti-chrétiennes en Asie, etc.). Cette montée des intolérances met le dialogue interreligieux au défi : comment dialoguer avec ceux qui refusent le principe même du pluralisme ? Les acteurs du dialogue tentent de répondre sur deux tableaux. D’une part, ils travaillent à désamorcer les discours de haine au sein des communautés modérées, pour éviter que des fidèles ne basculent vers l’extrémisme. Par exemple, lors du colloque de Metz, un imam a souligné le rôle ambivalent des réseaux sociaux : ceux-ci peuvent propager les messages extrémistes auprès des jeunes en quête de sens, faute de contre-discours positifs, d’où l’importance pour les religions d’occuper aussi le terrain numérique et d’« encadrer ce qu’on y diffuse » afin de promouvoir la tolérance en lignercf.frrcf.fr. D’autre part, les dialogues interreligieux s’articulent de plus en plus avec des programmes de déradicalisation ou de prévention de l’extrémisme violent. Des ex-membres de groupes radicaux sont parfois invités à témoigner dans des séminaires interreligieux pour comprendre le processus de radicalisation et comment y remédier. À l’échelle internationale, l’ONU encourage les partenariats avec les leaders religieux dans ses Plans d’action contre l’extrémisme violent (2016) ; en 2025, on voit sur le terrain des religieux collaborer avec les forces de sécurité et les psychologues pour réinsérer d’anciens combattants ou pour apaiser les tensions après des violences. L’autre réponse du dialogue face aux extrémismes, c’est la solidarité interreligieuse face à la violence. Lorsque des attentats ou profanations surviennent, il est courant désormais de voir des représentants d’autres religions exprimer leur soutien à la communauté visée. Cette unité dans l’épreuve envoie un message fort contre les fanatiques qui cherchent justement à monter les religions les unes contre les autres.

  • Défis de la laïcité et de la neutralité vs. reconnaissance du fait religieux : Dans les États où la laïcité est inscrite dans la loi (France, Turquie, plusieurs pays africains…), l’équilibre entre neutralité de l’État et expression religieuse peut être délicat. En 2025, le dialogue interreligieux doit composer avec ces cadres juridiques. D’un côté, la laïcité n’impose aucune hostilité vis-à-vis du dialogue – au contraire, dans un cadre laïque, le dialogue peut prospérer sur un terrain d’égalité entre convictions. Mais de l’autre, certains courants laïques extrêmes considèrent toute manifestation religieuse publique avec méfiance, ce qui peut compliquer l’organisation d’événements interreligieux (par exemple, l’installation de crèches de Noël ou de symboles d’autres religions dans l’espace public suscite parfois la controverse). En France, les initiatives interreligieuses prennent soin de respecter la neutralité des institutions tout en permettant la rencontre des personnes : elles se déroulent souvent dans des espaces non gouvernementaux (centres culturels, lieux de culte à tour de rôle, etc.), ou alors sous l’égide des municipalités mais en veillant à associer toutes les convictions (y compris des représentants non religieux/humanistes, d’où le terme « interconvictionnel » de plus en plus employé). La Belgique connaît une approche similaire à travers le dialogue interconvictionnel. En somme, l’enjeu est de faire une place au fait religieux dans l’espace citoyen sans remettre en cause la neutralité de l’État. L’année 2025 voit aussi des débats sur la laïcité dans des pays comme le Sénégal ou la Tunisie, où les gouvernements consultent les chefs religieux sur des projets de loi sociétale (par ex. éducation sexuelle, bioéthique), ce qui amène à définir les frontières entre dialogue religieux et décision politique. Ce qui ressort, c’est qu’une laïcité apaisée favorise le dialogue, tandis qu’une laïcité crispée (ou un anticléricalisme militant) peut le freiner. Le dialogue interreligieux, de son côté, promeut souvent une vision ouverte de la laïcité : celle qui respecte toutes les croyances et non-croyances, garantit la liberté de religion, et considère les religions comme des partenaires possibles du bien commun plutôt que comme une menace.

  • Promotion du “vivre-ensemble” et cohésion sociale : Au cœur de tous ces enjeux se trouve l’objectif central du dialogue interreligieux : renforcer le vivre-ensemble, c’est-à-dire la capacité de citoyens d’origines spirituelles diverses à partager une société harmonieuse. En 2025, cette ambition prend une résonance particulière face aux tendances de polarisation. Le vivre-ensemble recouvre des défis concrets : combattre les discriminations religieuses (antisémitisme, christianophobie, islamophobie, etc.), gérer la pluralité des lois religieuses dans un cadre légal unifié (par ex. questions de régime halal/cacher, aménagements pour les fêtes religieuses, etc.), construire des amitiés entre communautés qui souvent s’ignorent. Beaucoup d’initiatives mentionnées plus haut ont pour finalité explicite la promotion du vivre-ensemble. Par exemple, la ville de Colmar en France édite chaque année un calendrier interreligieux sur un thème fédérateur (en 2025, le thème était la fraternité) afin de faire connaître à tous les fêtes des différentes religions et de souligner les valeurs partagéescolmar.fr. De même, des programmes de jumelage entre lieux de culte se développent (une mosquée et une synagogue organisent des visites mutuelles, etc.). Les dialogues locaux abordent aussi les sujets de société pouvant diviser : bioéthique, écologie, place des femmes, etc., pour montrer comment chaque tradition y réfléchit et trouver des positions communes quand c’est possible. Par exemple, lors du Printemps des Religions 2025, les intervenants ont discuté de la tolérance et de l’intolérance religieuse dans la société d’aujourd’hui, concluant que l’essentiel est de partager les expériences et d’apprendre à concilier « convictions fortes » avec tolérance envers celles du voisinrcf.frrcf.fr. Cet exercice de citoyenneté dialogale est vu comme un antidote à la méfiance grandissante alimentée par les réseaux sociaux et les bulles de filtrage. Certains défis sont nouveaux : comment inclure dans le dialogue non seulement les religions traditionnelles, mais aussi les personnes sans religion ou les spiritualités non institutionnalisées (nouveaux mouvements, etc.) ? En 2025, le terme « interconvictionnel » tend à élargir le périmètre pour englober croyants et non-croyants dans un même esprit de coexistence. En ce sens, le dialogue interreligieux dépasse le seul cadre théologique et se fait levier de cohésion sociale. Comme l’a résumé un responsable musulman à Metz, les religions doivent investir tous les espaces – y compris les médias sociaux – pour « diffuser ce message de tolérance » et encadrer les jeunes dans leur quête de sens, faute de quoi les extrémistes occupent le vidercf.frrcf.fr. Le vivre-ensemble, en 2025, passe donc par une alliance des croyants modérés de toutes traditions avec l’ensemble de la société pour défendre les valeurs de respect, de dignité humaine et de paix.

Perspectives théologiques et débats actuels sur la place du dialogue

En parallèle des événements concrets, l’année 2025 est marquée par des réflexions de fond au sein des différentes traditions religieuses sur le sens et les limites du dialogue interreligieux. Si la plupart des autorités spirituelles soutiennent aujourd’hui le principe du dialogue, des débats théologiques subsistent quant à la manière de le concevoir et à son articulation avec les convictions propres à chaque foi.

Du côté chrétien, l’Église catholique poursuit, sous l’impulsion du Pape François, une théologie de la rencontre et de la fraternité. Le Pape a souvent répété que « dialoguer ne signifie pas renier son identité, mais la déployer dans l’ouverture à l’autre ». Il promeut une « culture de la rencontre » où les croyants sont appelés à « ne pas seulement voir mais regarder, ne pas seulement entendre mais écouter, (…) s’arrêter avec les gens au lieu de passer à côté », selon son explication de 2016 du concept biblique de la compassionindianacapitalchronicle.com. Cette vision s’enracine dans le concile Vatican II (déclaration Nostra Ætate, 1965) qui a ouvert l’Église catholique au dialogue interreligieux en reconnaissant les valeurs de vérité et de sainteté présentes dans d’autres religions. En 2025, la théologie catholique du dialogue insiste sur la fraternité universelle : l’encyclique Fratelli Tutti (2020) de François a fourni un cadre où la foi en Dieu s’articule avec la reconnaissance de chaque humain comme frère. Le Document sur la Fraternité Humaine signé avec le Grand Imam d’Al-Azhar en 2019 est souvent cité dans les colloques comme base théologique partagée, soulignant « la foi qui amène le croyant à voir dans l’autre un frère à soutenir et à aimer » et appelant au respect réciproquevaticannews.va. Toutefois, au sein même du monde catholique, certains courants traditionalistes demeurent réservés, voire hostiles, au dialogue interreligieux s’ils le perçoivent comme un relativisme doctrinal. Des débats ont lieu sur des formules controversées : par exemple, la phrase du Document d’Abou Dhabi affirmant que la diversité des religions fait partie de la volonté de Dieu a suscité des incompréhensions. Le Pape a dû préciser qu’il s’agissait de la volonté permissive de Dieu (qui permet la pluralité comme un fait) et non de Sa volonté directive équivalant à une validation de toutes les doctrines. Ces clarifications montrent l’enjeu de distinguer le respect des personnes et de leur liberté de conscience (qui est absolu) de l’adhésion aux croyances de l’autre (qui n’est pas requise). Chez les protestants évangéliques, une partie reste également prudente envers le dialogue interreligieux, privilégiant l’évangélisation directe. Néanmoins, même dans ces milieux, se développent en 2025 des initiatives de « dialogue sans compromis » : rencontrer l’autre non pour chercher un terrain théologique d’entente, mais pour témoigner de son propre message tout en écoutant celui de l’autre, dans un esprit de charité. Cette approche rejoint par exemple celle de certains évêques africains qui rappellent que « le dialogue est fondamental pour l’Église, appelée à collaborer au projet de Dieu envers toutes les personnes, notamment les plus pauvres »fr.zenit.org – on voit ici une motivation théologique : le dialogue n’est pas seulement diplomatique, il est une exigence de l’amour du prochain et de l’universalité du salut.

Dans le monde musulman, la réflexion sur le dialogue interreligieux s’intensifie aussi. Des oulémas contemporains mettent en avant des bases coraniques pour justifier l’échange pacifique : le verset « Pas de contrainte en religion » (Coran 2:256), ou l’appel à la connaissance mutuelle entre peuples (Coran 49:13). Les 20 dernières années ont vu plusieurs déclarations islamiques encourageant le respect des autres religions : la Déclaration d’Amman (2005) et Un mot commun entre nous et vous (lettre ouverte de 138 sages musulmans aux chefs chrétiens en 2007) forment une assise théologique pour le dialogue islamo-chrétien sur l’amour de Dieu et du prochain. En 2025, l’institution d’Al-Azhar poursuit un double discours : interne, pour promouvoir un islam modéré et ouvert (par ex. via l’actualisation du discours religieux prônée en Égypte), et externe, en participant activement aux rencontres avec chrétiens et juifs. Le Grand Imam Ahmed Al-Tayeb a plusieurs fois affirmé que le dialogue avec les chrétiens était conforme à la tradition du Prophète Mohammed traitant avec les Gens du Livre. Cependant, dans les sociétés musulmanes, existent aussi des voix plus rigoristes (certains salafistes ou groupes islamistes) considérant le dialogue interreligieux avec suspicion, y voyant une tentative d’ingérence occidentale ou de syncrétisme menaçant la pureté de la foi. Un débat récurrent porte sur la limite à ne pas franchir : collaborer pour la paix et le bien commun, oui, mais sans aboutir à des « prières communes » ou des confusions doctrinales. La plupart des dialogues officiels respectent cela en organisant par exemple des prières côte-à-côte mais pas conjointes, ou en évitant tout relativisme sur les dogmes. Un point théologique délicat est la question de la liberté de conscience et de conversion, qui peut entrer en tension avec la législation islamique classique sur l’apostasie dans certains pays. Le dialogue interreligieux, en insistant sur la liberté religieuse réciproque, pousse à revisiter ces notions : ainsi, au Qatar en 2025, la conférence sur la liberté et la responsabilité religieuse a mis sur la table le rôle des législations pour protéger la pluralité et sanctionner ceux qui attisent la haine au nom de la religiongulf-times.com. Globalement, de nombreux penseurs musulmans contemporains soutiennent l’idée que le djihâd le plus pertinent aujourd’hui est un djihâd par le dialogue et la connaissance, plutôt que par le conflit – une struggle spirituelle pour la paix. Des débats existent aussi chez les musulmans sur le dialogue avec les autres courants de l’islam (sunnites/chiites) par rapport au dialogue avec les non-musulmans : certaines priorités diffèrent selon les contextes.

Dans le judaïsme, l’engagement dans le dialogue interreligieux est fort depuis la seconde moitié du XX<sup>e</sup> siècle, notamment dans le rapprochement avec l’Église catholique après Nostra Ætate. En 2025, les organisations juives internationales (le Congrès juif mondial, l’American Jewish Committee, etc.) participent activement aux forums interreligieux. La théologie juive du dialogue se construit autour de notions comme le Tikkun Olam (réparer le monde) qui encourage la coopération avec tous les hommes de bonne volonté, ou l’idée noachide de lois morales universelles partagées par l’humanité. Toutefois, la sensibilité des sujets liés à Israël peut compliquer certains dialogues islamo-juifs ; en période de crise, on observe un repli de part et d’autre. En interne, certaines autorités rabbiniques ultra-orthodoxes restent réticentes à un dialogue théologique, préférant un dialogue pratique (sur la paix, la justice) sans toucher aux questions de foi. Malgré cela, en 2025, on voit des initiatives remarquables comme des colloques de rabbins et d’imams en Europe (par exemple le projet « Imams & Rabbins pour la Paix » fondé par Marek Halter, toujours actif) ou aux États-Unis (conseils consultatifs juifs-musulmans dans plusieurs villes). Ces efforts s’accompagnent de réflexions sur la manière de concilier fidélité à la Torah et ouverture : la plupart concluent que l’accueil de l’étranger et la recherche de la paix sont des commandements qui justifient pleinement le dialogue.

Pour les religions d’Asie (hindouisme, bouddhisme, sikhisme, etc.), le dialogue interreligieux est souvent abordé sous l’angle de la convivialité et du respect mutuel sans forcément chercher un accord doctrinal (les religions orientales ayant par nature une approche moins exclusive, sauf quand elles sont instrumentalisées par le nationalisme). Les maîtres bouddhistes participent volontiers aux rencontres inter-spirituelles, mettant en avant l’éthique commune (non-violence, compassion). En Inde, les tensions hindous-musulmans ou hindous-chrétiens ont poussé des swamis hindous modérés à engager des pourparlers interreligieux pour désamorcer les haines – bien que cela se heurte parfois à l’hostilité de mouvements extrémistes hindutva. En 2025, on voit aussi en Asie du Sud-Est des dialogues innovants incluant des traditions indigènes ou des nouvelles religions (par ex. à Singapour, le dialogue national inclut 10 religions reconnues, des zoroastriens aux bahá’ís).

Un débat transversal à toutes les religions concerne la finalité du dialogue : est-ce une simple coexistence pacifique(dialogue du vivre-ensemble), ou peut-il aller jusqu’à un enrichissement mutuel spirituel (dialogue théologique) ? Beaucoup de dialogues se limitent volontairement aux aspects pratiques ou éthiques communs, évitant les sujets théologiques sensibles. Mais certains pionniers explorent plus loin : le Dialogue inter-monastique (DIM) mentionné plus haut a montré que l’échange d’expériences mystiques entre moines de différentes religions pouvait être une « voie d’approfondissement de soi », où chacun découvre dans la tradition de l’autre des richesses insoupçonnées qui l’aident à mieux comprendre la sienneiefr.hypotheses.orgiefr.hypotheses.org. Ce type de dialogue pose la question de la relativité des vérités : peut-on apprendre spirituellement de l’autre sans relativiser sa propre foi ? Des théologiens comme le dominicain Claude Geffré (décédé en 2017) plaidaient pour un « théologie du pluralisme religieux », admettant que la Révélation de Dieu dépasse les limites d’une seule tradition et que Dieu peut conduire chaque peuple par des chemins différents. Cette vision pluraliste reste minoritaire et suscite la controverse chez les tenants de l’exclusivisme (ceux qui croient que leur religion détient l’unique vérité complète). En 2025, ces débats restent ouverts. Inclusivisme, exclusivisme ou pluralisme : chaque tradition se situe sur ce spectre dans sa compréhension du salut des non-membres. L’Église catholique, par exemple, se définit comme inclusiviste (elle reconnaît des vérités chez les autres mais considère la plénitude de la vérité révélée en Christ), tandis que d’autres chrétiens plus libéraux ou certains hindous sont pluralistes (toutes les voies sincères mènent à l’Ultime). La plupart des dialogues officiels ne tranchent pas ces questions théoriques mais se concentrent sur le respect mutuel et l’action commune. Néanmoins, la théologie du dialogue s’élabore progressivement : en 2025, on insiste sur l’importance de la formation commune. L’idée est que pour dialoguer en profondeur, il faut que dès la formation (séminaires, madrassas, yeshivas…), les futurs clercs aient une connaissance basique des autres religions et idéalement des expériences partagées. C’est le sens des “10 principes pour une formation commune” discutés lors d’une conférence (en ligne) sur le Futur du dialogue interreligieux par le COEoikoumene.org. On retrouve parmi ces principes la nécessité pour les jeunes d’apprendre ensemble au lieu d’apprendre isolément chacun de son côté, afin de découvrir l’autre non pas dans les livres mais dans la relation vivanteoikoumene.orgoikoumene.org.

En définitive, les débats actuels entre traditions sur la place du dialogue oscillent entre enthousiasme et vigilance. Enthousiasme de ceux qui voient dans la rencontre interreligieuse un signe des temps, une voie pour approfondir la paix intérieure de chaque croyant et la paix extérieure entre les peuples. Vigilance de ceux qui craignent que le dialogue, s’il est mal compris, mène à diluer les identités ou à des syncrétismes confus. La tendance dominante en 2025, cependant, est un appel partagé à la confiance et à l’espérance vis-à-vis du dialogue. Comme l’ont proclamé les parlementaires de l’UIP, « dialoguer dans le respect des droits fondamentaux est essentiel pour promouvoir l’inclusion et la coexistence pacifique », et cela nécessite l’engagement concerté des responsables politiques, religieux et de la société civileipu.orgipu.org. Les perspectives théologiques convergent sur l’idée que Dieu/Le Divin n’est pas honoré par la discorde entre croyants, mais qu’au contraire, travailler ensemble au bien commun correspond à la volonté divine telle que chaque tradition la comprend. Cette conviction ouvre la voie à un approfondissement futur du dialogue, où chaque religion, tout en restant elle-même, devient partenaire des autres pour témoigner ensemble – par l’action et parfois la parole – des valeurs de foi, d’amour et d’espérance dans l’humanité.

Conclusion

Le dialogue interreligieux en 2025 se révèle à la fois dynamique et fragile. Dynamique, car jamais autant d’acteurs ne se sont mobilisés à tant d’échelles différentes pour bâtir des ponts entre les communautés de foi : des conférences mondiales aux initiatives locales, l’année a vu un foisonnement d’efforts concertés pour répondre aux défis partagés – conflits, extrémismes, crises sociales – par la rencontre et la coopération. Fragile, car ces efforts se déroulent dans un climat mondial tendu où les incompréhensions et haines identitaires restent vives, menaçant périodiquement de rompre le fil du dialogue. Néanmoins, le bilan de 2025 est porteur d’espoir. De l’Europe à l’Afrique, du Moyen-Orient au reste du monde, on constate une prise de conscience accrue que la paix durable et le vivre-ensemble nécessitent l’implication des religions aux côtés des autres forces de la société. Les principaux acteurs – religieux, civils, politiques, éducatifs – ont intensifié leurs partenariats, comme en témoignent des événements inédits (parlementaires et chefs spirituels discutant côte à côte des lois pour l’inclusion, chefs traditionnels et climatologues explorant ensemble l’éthique environnementale, etc.). Sur le plan des idées, les traditions religieuses approfondissent leurs bases théologiques pour le dialogue, en redécouvrant dans leurs textes fondateurs les appels à la rencontre de l’autre et à la reconnaissance d’une humanité commune.

Il reste bien sûr des obstacles : les conflits persistants qui requièrent un courage immense des artisans du dialogue pour simplement maintenir le contact ; les résistances internes de ceux qui, dans chaque camp, s’opposent au rapprochement ; ou encore l’indifférence d’une partie de l’opinion publique pour qui le fait religieux semble secondaire. Mais en 2025, le dialogue interreligieux n’est plus un simple « voeu pieux » utopique : il s’inscrit concrètement dans des dynamiques sociales et diplomatiques visant la résolution de problèmes urgents (paix, développement, climat, éducation). À cet égard, l’une des tendances marquantes est l’orientation pragmatique du dialogue : sans abandonner les échanges théologiques profonds, on met l’accent sur des projets communs (charte éthique, actions caritatives interreligieuses, interventions conjointes pour la paix) qui rendent le dialogue tangible et utile pour les populations.

En conclusion, l’année 2025 présente un portrait contrasté mais prometteur du dialogue interreligieux. Comme l’a déclaré le président éthiopien en mai dernier, ce dialogue est non seulement un impératif moral, mais « une force de progrès » pour nos sociétésallafrica.com. S’il parvient à surmonter les écueils et à se renouveler face aux mutations du monde, le dialogue interreligieux restera l’une des clefs du vivre-ensemble au XXI<sup>e</sup> siècle, bâtissant patiemment les bases d’un avenir commun fondé sur la compréhension et la paix.

Sources : Les informations et citations de ce rapport proviennent des références suivantes : actualités d’organisations internationales et religieuses (UIP, Religions for Peace, KAICIID, Vatican, Zenit, COE), médias (Gulf Timesgulf-times.comgulf-times.com, AllAfrica/Ethiopian Heraldallafrica.comallafrica.com, RCFrcf.frrcf.fr, Vatican Newsvaticannews.va…), et documents officiels cités tout au long du texte. Chaque citation directe est accompagnée d’une référence entre crochets【…】 renvoyant à la source correspondante. Ce travail reflète l’état du dialogue interreligieux en 2025, en s’appuyant sur ces sources pour garantir l’actualité et la fiabilité des informations présentées.

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