Les moins de 13 ans sont portés à des inscriptions sur ces sites dont l’accès leur est pourtant généralement interdit. L’agence Heaven, en collaboration avec Génération-Numérique, s’est penchée sérieusement sur la question en publiant une étude #BornSocial (elle porte sur les enfants qui sont nés au moment où le numérique et les réseaux sociaux se sont imposés dans le quotidien). En plus de révéler le comportement des enfants vis-à-vis des réseaux sociaux, l’enquête met en lumière l’impact de ces intrusions «clandestines » sur le marketing digital. Les conclusions de la version de cette année sont distillées à travers les lignes de cet article.

Pourquoi le sujet des moins de 13 ans importe-t-il ?

Bien que la loi française ait établi un âge réglementaire de 13 ans, des enfants de moins de 13 ans accèdent accidentellement ou intentionnellement aux réseaux sociaux. Or, sur ces plates-formes, leur vulnérabilité les expose, de temps à autre, à des souffrances psychologiques. Globalement, quelques propos tenus par d’autres abonnés constituent potentiellement un danger pour eux, surtout si des commentaires désobligeants leur sont adressés. Mais aussi, des comptes suivis par les enfants comportent possiblement des contenus pernicieux.

En outre, sur les réseaux sociaux, les bambins sont éventuellement sujets à des influences néfastes. Autrement dit, ils ne sont pas à l’abri du prosélytisme et peuvent être victimes d’endoctrinement. À cet aspect intellectuel s’ajoutent des risques d’enlèvement ou d’agression physique, voire sexuelle. Le risque est réel lorsque, innocemment et naïvement, les mômichons consentent à rencontrer des personnes inconnues avec qui ils discutent sur les réseaux sociaux.

Les contenus que les enfants postent eux-mêmes sur les plates-formes (informations personnelles, vidéos, commentaires, photos) peuvent devenir problématiques. Ils se mettent davantage en péril lorsque leur profil est public. Le risque que ces contenus soient détournés ou utilisés contre eux par des personnes indélicates ne doit pas être écarté. Si cela se produit, l’enfant plongera probablement dans une situation embarrassante, dont l’impact social sera éprouvant pour lui. Les circonstances peuvent le mener à une détresse psychologique, car il aura du mal à se contenir émotionnellement. Les conséquences sont parfois dramatiques (le suicide par exemple).

Ce sont là quelques-uns seulement des dangers qu’ils encourent en s’abonnant à ces plates-formes malgré l’interdiction. Mais ces exemples suffisent à prendre la mesure de l’urgence de la question.

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Qu’en est-il en théorie pour les moins de 13 ans ?

13 ans : c’est l’âge minimum imposé par certains réseaux sociaux pour accéder à leur plate-forme. 13 ans : c’est également l’âge minimum recommandé par la loi française pour autoriser les enfants à se servir des réseaux sociaux. En clair, les individus de moins de 13 ans n’ont pas entièrement le droit d’utiliser les réseaux sociaux. S’ils le font tout de même, la responsabilité des parents est-elle alors engagée légalement ? La réponse à cette question relève d’un tout autre débat qui ne constitue pas le propos de ce billet.

Que se passe-t-il dans la réalité pour les moins de 13 ans ?

Il se dégage des données de #BornSocial2017 que 45,7% des élèves de 6ème sont sur les réseaux sociaux, 62,3% des élèves de 5ème ont investi les réseaux sociaux et 78,9% des élèves de 4ème sont actifs sur les réseaux sociaux. Leurs âges moyens sont respectivement de 11 ans, 12 ans et 13 ans. Néanmoins, en comparaison à 2016, en 2017, une stagnation, ou plutôt un léger recul, du taux d’inscription est remarquée chez les enfants de 11 ans et de 12 ans. Autre constat, les filles sont majoritaires. En outre, l’étude dévoile les 4 réseaux sociaux les plus courtisés par les chérubins.

Il s’agit, dans l’ordre de popularité, de YouTube (la plate-forme n’est pas à proprement parler un réseau social), Snapchat, Instagram et Facebook (mais présence des Facebook Nevers réfractaires à l’utilisation de ce réseau). Snapchat est l’outil privilégié par les moins de 13 ans dans la mesure où l’outil leur permet de s’assurer de la loyauté de leurs amis. Quant à YouTube, il est «l’instrument » indispensable pour participer à des challenges, de s’adonner aux TAG et ASK, de visionner ou de réaliser des HAUL (liste d’achats), d’être retenu pour un Meet-up (rencontre avec son you-tuber favori)… pour ne citer que les activités les plus sollicitées. Dernièrement Tik Tok vient bousculer ces chiffres.

L’agence Heaven, dans le cadre de #BornSocial 2017, qualifie les moins de 13 ans de communauté invisible sur les réseaux sociaux. Ce qualificatif est sans doute lié aux manœuvres qu’ils déploient pour parvenir à posséder un profil sur les réseaux sociaux sans qu’ils soient repérés. Par exemple, des enfants de moins de 13 ans réussissent à contourner l’interdiction des réseaux sociaux en mentant sur leur âge lors de l’inscription.

D’autres empruntent l’identité d’un de leurs proches plus âgés qu’eux. Certains vont même plus loin en créant de faux profils. Par ailleurs, des parents acceptent d’ouvrir des comptes pour leurs enfants mineurs. Ce sont toutes là des attitudes qui constituent une infraction au regard des règlements des réseaux sociaux interdisant leur accès aux moins de 13 ans.

Comment expliquer cette immixtion ?

Quelle en seraient les raisons ?

Les Smartphones et les tablettes peuvent être à l’origine de ces inscriptions subreptices. Il ressort de #BornSocial 2017 que 64% des enfants de 11 à 14 ans utilisent un Smartphone et 38% des enfants de 4 à 14 ans ont à leur disposition une tablette.

Toujours pour cette tranche d’âge, 72% détiennent un écran personnel. La facilité de la connexion à Internet, naturellement, pourrait être évoquée comme deuxième explication. Toujours selon #BornSocial 2017, les 7-12 ans se connectent sur le Web 6h10 minutes par semaine. En comparaison avec leur temps de connexion en 2016, il y a une augmentation de 45 minutes.

Tout bien considéré, les moins de 16 ans se sont vus mis entre les mains les outils leur permettant d’accéder aux réseaux sociaux. Ils possèdent des supports mobiles et peuvent se connecter à Internet : les conditions sont réunies pour favoriser leur arrivée sur les réseaux sociaux !

BornSocial évoque des raisons supplémentaires qui justifient l’attrait des très jeunes pour les réseaux sociaux : facilitation de la communication entre les membres d’une bande d’enfants, effet de groupe créé par les aînés et les camarades de classe, présence des parents sur ces interfaces (on peut vraisemblablement y voir un effet de mimétisme).

Quel est le lien entre ces très jeunes abonnés et les publicités digitales sur les réseaux sociaux ?

BornSocial apprend que seulement 32,60% des moins de 13 ans sont au courant qu’ils peuvent faire l’objet d’une campagne de publicité ciblée. En fait, ils sont incapables d’établir la relation entre la collecte des informations qu’ils fournissent à la plate-forme et la mise en place de ces opérations ciblées. De plus, un grand nombre d’enfants dynamiques sur Instagram ne sont pas à même de faire la différence entre une publication sponsorisée et une publication organique (naturelle).

On fera par ailleurs remarquer que ce public particulièrement jeune est souvent attiré par l’actualité des marques. Or, ces dernières communiquent beaucoup sur les réseaux sociaux. Voilà une autre raison des inscriptions illicites. Cela étant dit, 22% des élèves de 5ème utilisent un logiciel qui bloque les publicités.

Comment protéger ces enfants de moins de 13 ans ?

Il faut savoir que l’obligation faite au public de procéder à une inscription pour exploiter les fonctionnalités d’un réseau social constitue pour ce dernier une façon de collecter les données personnelles. Or, un mineur âgé de moins de 13 ans n’est pas encore tout à fait conscient du danger éventuel que représente pour lui la communication de ses informations personnelles à une entité tierce.

Ce constat suffit à comprendre pourquoi il est fondamental d’encadrer l’utilisation d’Internet par l’enfant. Cet encadrement est effectué par les parents, les représentants légaux et toutes les personnes habilitées à exercer une autorité sur l’enfant. L’objectif est de l’empêcher de se rendre sur les réseaux sociaux afin d’y faire une inscription frauduleuse.

a loi a dressé une liste d’infractions pénales spécifiques dissuasives. Elles garantissent la sécurité des mineurs utilisant Internet, y compris ceux qui sont présents sur les réseaux sociaux. Ces infractions donnent lieu à des peines de deux à cinq ans d’emprisonnement, lesquelles sont assorties du paiement d’une amende allant de 30 000 euros à 75 000 euros. Par ailleurs, la législation française impose aux acteurs de l’internet le respect d’obligations spécifiques permettant la protection des internautes mineurs. Aux dispositions des textes de loi s’ajoutent des mesures légales.

Par exemple, un site n’a pas le droit de recueillir des données concernant un enfant sans l’accord de parents de celui-ci. Les sites sont aussi tenus à la mise en œuvre du droit à l’oubli.

Il est recommandé aux parents de veiller sur leurs enfants plutôt que de les surveiller et de les espionner, car cela est contre-productif. Dans cet esprit, parents et enfants devraient consulter ensemble les sites d’EDUCNUM, d’Internet Sans Crainte et de la CNIL. Ce dernier contient une rubrique spécialement créée pour la sensibilisation du jeune public. Il faut ensuite mettre en pratique les conseils qui sont donnés sur ces sites.

Les institutions, notamment les écoles, peuvent organiser des séances de prévention avec des associations telles que Génération Numérique. Au demeurant, #BornSocial précise qu’une sensibilisation aux risques de harcèlement constitue un facteur de frein aux inscriptions sur les réseaux sociaux.

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