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CB Insights a publié la liste et le classement des licornes du Monde entier à la date de janvier 2019, un classement mis à jour en juin 2019. Ce document, intitulé «The global unicorn club», donne l’occasion de créer un panorama des licornes en Europe. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il est peu reluisant.

Statistiques par zone géographique

En se fiant aux données et au classement de CB Insights, voici le nombre de Licornes par pays européens en janvier 2019:

  • Grande-Bretagne (19),
  • Allemagne (9),
  • France (5),
  • Suisse (3),
  • Suède (2),
  • Espagne (1),
  • Portugal (1),
  • Pays-Bas (1),
  • Malte (1),
  • Luxembourg (2),
  • Estonie (1).

Au total, il y a 45 licornes européennes sur 363 recensées dans le Monde. Ces licornes totalisent une valorisation à 273 milliards de dollars. À titre de comparaison, la Chine en possède 92 tandis qu’aux USA on en dénombre 176.

On peut également procéder à une comparaison par continent:

  • Asie dont l’Inde et Israël (133),
  • Amérique du Nord (177), Europe (45),
  • Amérique centrale et du sud (5),
  • Océanie (2 en Australie).

Statistiques par montant de la valorisation

Selon les informations de CB Insights, il y a un seul hectocorn dans le Monde (un hectocorn est une licorne dont la valorisation excède 100 milliards de dollars). Il s’agit de la société chinoise Ant Financial Services Group qui est valorisée à 150 milliards de dollars. Par ailleurs, CB Insights recense 18 decacorn sur toute la planète et aucun n’est européen (les decacorn sont des licornes dotées de valorisations comprises entre 10 milliards de dollars et 100 milliards de dollars).

Là encore, ce sont deux entreprises chinoises qui exhibent les montants les plus élevés: Toutiao avec 75 milliards de dollars et Didi Chuxing avec 56 milliards de dollars.

Viennent ensuite les USA avec 6 entreprises parmi lesquelles figure AirBnB. La première licorne européenne, de «nationalité» suisse, se trouve à la 24e place: Roivant Sciences, dont la valorisation est de 7 milliards de dollars. La première licorne française du classement apparaît à la 169e place: BlaBlaCar avec une valorisation atteignant 1,6 milliard de dollars.

Statistiques par secteur d’activité

Le classement est dominé par le commerce en ligne.

Voici les 5 premiers secteurs d’activités qui renferment le plus de licornes:

  1. E-commerce (46 licornes, dont 44 pour les marques Direct-to-consumer et 2 dans le domaine de la marketplace),
  2. Secteur de l’économie du numérique ou Internet software & services ou Logiciel et service sur le web (45 licornes),
  3. Fintech ou technologie financière (43 licornes),
  4. Intelligence artificielle (31 licornes),
  5. Santé (31 licornes).

Ant Financiel, l’unique hectocorn du classement de CB Insight, est un fintech. Toutiao, premier decacorn du classement, œuvre dans le secteur de l’intelligence artificielle. Si l’on porte une attention particulière sur le montant total des valorisations, la première position revient au secteur de l’intelligence artificielle (un total de 139,99 milliards de dollars), suivi par l’e-commerce (un total de 124,89 milliards de dollars, Direct-to-consumer et marketplace confondus).

Les licornes en Europe

Voici le classement des 5 premières licornes européennes:

  1. Roivant Sciences (Suisse ; 7 milliards de dollars),
  2. Auto1 Group (Allemagne ; 3,54 milliards de dollars),
  3. Greensill (Grande-Bretagne ; 3,5 milliards de dollars),
  4. TransferWise (Grande-Bretagne ; 3,5 milliards de dollars),
  5. Klarna (Suède ; 3,5 milliards de dollars).

À ce top 5, il est intéressant d’ajouter une liste de 10 start-up européennes susceptibles de devenir prochainement des licornes, une liste établie par Maddyness:

  1. Citymapper (Grande-Bretagne),
  2. Movinga (Allemagne),
  3. Glovo (Espagne),
  4. Almotive (Hongrie – Budapest),
  5. Vinted (Lituanie – Vilnius),
  6. MessageBird (Pays-Bas – Amsterdam),
  7. Swish (Suède),
  8. Feedzai (Portugal),
  9. Smartly.io (Finlande),
  10. Iteos Therapeutics (Belgique).

Ci-après quelques noms de licornes européennes populaires:

Le cas français

Pour rappel, en France, les investissements dans les startup sous forme de capital risque sont le fait principalement de sociétés de gestion qui, d’une part, ont obtenu un agrément de l’Autorité des marchés financiers (AMF), et d’autre part, sont réunies au sein de France Invest. Chaque société dispose de plusieurs fonds chargés de procéder aux investissements.

Pour l’heure, quatre profils de fonds existent légalement:

  • Sociétés de capital-risque (SCR),
  • Des Fonds communs de placement à risque (FCPR),
  • Fonds communs de placement dans l’innovation (FCPI) ,
  • Les Fonds d’investissement de proximité (FIP).

En outre, on distingue:

  • les fonds nationaux privés,
  • les fonds nationaux publics
  • et les fonds régionaux.

S’ajoutent à ces trois entités:

  • le corporate venture,
  • l’action des Business angels et
  • les interventions des micro-capital-risque.

En janvier 2019, la France a inscrit 4 startup dans la liste des licornes:

  • Blablacar (1,6 milliard de dollars),
  • Deezer (1,16 milliard de dollars),
  • Doctolib (1,14 milliard de dollars),
  • Meero (1 milliard de dollars).

Les initiatives pour encourager la création des startups sont nombreuses en France. L’exemple le plus emblématique de cette salve de mesures incitatives est la naissance du statut de jeune entreprise innovante (JEI). La suppression de l’indicateur «040» de la Banque de France mérite aussi d’être mentionnée.

Malheureusement, favoriser la création des startups ne suffit pas. Il y a encore beaucoup à faire pour soutenir leur développement et leur croissance. Certes, des solutions de financement existent. Les startups peuvent s’adresser à Bpifrance (Banque publique d’investissement), mais aussi à France Invest. Elles ont également la possibilité de concourir à la Bourse French Tech de Bpifrance ou de solliciter un leveur de fonds.

Quant aux fintech, ils peuvent se présenter au prix Connect du hub fintech La Place. Enfin, même s’il n’entretient aucun lien avec l’incitation à prendre une participation dans le capital d’une startup, le dispositif du suramortissement mérite d’être évoqué : il peut aider une startup à améliorer son chiffre d’affaires, à condition qu’elle exerce dans le domaine de la robotique et de la transformation numérique. Or, un excellent chiffre d’affaires constitue un attrait pour les investisseurs.

Seulement, ces solutions sont insuffisantes pour parvenir à propulser beaucoup plus de startups françaises au rang de licornes. Surtout, il ne semble y avoir que très peu de mesures pour encourager les investisseurs à entrer dans le capital d’une startup. Parmi les mesures qui ont été mises en œuvre, il y a eu l’entrée en vigueur d’un régime incitatif au sein du régime des plus-values mobilières.

Voici d’autres dispositions destinées à favoriser l’investissement dans les PME et donc dans les startups:

  • les réductions d’impôt Madelin (réduction d’impôt suite à l’investissement dans le capital d’une PME),
  • l’allégement de la législation encadrant les Fonds d’investissement de proximité (FIP),
  • les Fonds communs de placement dans l’innovation (FCPI),
  • la facilitation des démarches pour la création d’une Société d’investissement de business angels (SIBA),
  • l’application du «Régime d’amortissement exceptionnel sur cinq ans des investissements réalisés dans les petites et moyennes entreprises innovantes»… etc.

En somme, toutes les opérations s’apparentant à un investissement dans une startup, y compris le Corporate Venture Capital (issus des fonds de corporate venture), sont quasiment encore à l’état embryonnaire en France. Malgré tout, un dynamisme certain sur le marché des Corporate Venture Capitalists en 2018 a été annoncé par le Baromètre des Corporates Venture Capitalists en France (document que l’on doit au tandem Deloitte et Orange Digital Ventures qui le met à jour annuellement). Voilà une raison d’être optimiste.

Interrogations

Les talents foisonnent en Europe. Mais, visiblement, pour un investisseur, le savoir-faire combiné à la créativité des jeunes pousses européennes ne constitue pas une raison déterminante lorsqu’il s’agit d’acquérir des parts de ces dernières.

En clair, le projet et l’activité innovante d’une startup n’attirent pas forcément les fonds d’investissement qu’ils soient publics ou privés. Pourquoi semble-t-il si difficile pour une startup d’accéder à un financement sous forme de capital investissement (capital-risque, également appelé capital-innovation, ou capital-développement) ou autres formules ? Pourquoi les startups européennes ont-elles tant de mal à trouver un «gros» investisseur, à acquérir une importante source de financement? Par-dessus tout, pourquoi les investisseurs européens ne misent-ils pas sur les startups du continent, n’entrent-ils pas plus souvent dans le capital d’une jeune pousse ?

Serait-ce culturel?

Peut-être qu’en Europe la décision d’investir dans une entreprise ne peut se prendre que sur la base de renseignements comptables et financiers passés et présents et non sur un potentiel de croissance?

Peut-être serait-ce lié à un refus de prendre des risques?

La méthode de valorisation d’une startup n’étant basée sur aucune donnée effective telle que les bénéfices réellement engrangés (la viabilité économique de l’objet de l’activité de la startup n’est donc pas prouvée?

Ou serait-ce par peur de l’éventuelle survenance d’une nouvelle bulle internet ?

En conclusion

Les licornes asiatiques et américaines sont, pour l’heure, indétrônables.

Jusqu’ici, leur suprématie n’est pas menacée par les licornes européennes, ces dernières étant encore en faible nombre en plus de ne bénéficier que d’une modeste valorisation. Mais aussi, les licornes asiatiques et américaines développent les outils de demain, ce qui les rend beaucoup plus attrayantes que les européennes pour les investisseurs.

Au demeurant, l’IA et la Blockchain font partie de leurs domaines de prédilection. Pour ne pas rester continuellement dans l’ombre des Américains et des Chinois, l’Europe a intérêt à donner davantage de moyens, à accorder plus de soutien aux jeunes pousses et aux investisseurs.

L’objectif est d’encourager la formation et la multiplication des couples startups / investisseurs (dont les fonds d’investissement) afin que l’Europe devienne un gros pourvoyeur de licornes, notamment de decacorn et hectocorn. Autrement, cette bataille digitale déséquilibrée est perdue d’avance, ce qui signifie que le vieux continent n’aura pas son mot à dire, ni aujourd’hui ni demain, dans la guerre commerciale et technologique entre la Chine et les USA. Sans oublier l’Inde…

Un article complémentaire : États-Unis VS France : qui finance les startups?

Glossaire des licornes

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